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« Il déglutit bruyamment, manquant de peu une violente excrétion. — Non monsieur. Pas depuis hier. Nous faisons le maximum, mais je crains que…
Ross fut pris de convulsions anxieuses. Ses dents claquaient en même temps que ses pieds par terre. Un mince filet de sang s’écoulait de son nez et tombait au goutte à goutte sur ses notes. — Mon existence… Comment… Vous n’avez tout de même pas osé… Le second écran afficha une modélisation de la fille de Ross en trois dimensions. — Elle vous croit mort. Son psychisme s’en serait trouvé altéré si elle avait nourrit l’espoir de vous revoir. Notre contrevérité est chirurgicale. Sa blessure est nette et propre. Son statut d’orpheline lui évite nombre de névroses structurelles. Il ne dit rien. Abattu. Terrassé par l’intransigeance de son interlocuteur. Il détourna enfin les yeux de la photographie jaunie pour écourter l’entretient au plus vite. — Alors, cette nouvelle phase…? La voix répondit au terme d’un silence interminable. — Votre sottise vous perdra Ross. Les bombes nucléaires sont des armes primitives, symbole de l’ambition infantile d’une sous-espèce. Une apocalypse nucléaire détruirait toute vie, ainsi qu’une bonne partie de l’écosystème, sans parler des retombées radioactives qui nous condamneraient à vivre terrés comme des rats durant des décennies. Non Ross, aucun besoin de détruire la société humaine : nous la façonnons déjà à notre gré. Ses ongles crissaient lentement sur la table laquée. — Rendez-moi ma fille, gémit-il excédé. Gouvernance Mondiale. Globalité, travail, sécurité. L’écran cessa d’émettre et replongea l’Administrateur dans la pénombre. Il se laissa retomber sur le dossier de la chaise. Sa vie repassait devant ses yeux comme s’il allait mourir dans l’instant. À l’image de nombre d’anciens militaires, il était nostalgique de la guerre, seul réel plaisir de son existence. Les êtres humains transpiraient ce paradoxe de produire de grandes diatribes contre l’atrocité guerrière et sanglante, sans pour autant pouvoir s’empêcher de s’y adonner. Pour Ross, faire la guerre était un mécanisme psychologique passionnel savoureux dont il ne s’était jamais lassé. Posséder l’autre, de gré ou de force, conquérir parfois, tuer toujours, était une vocation qu’il partageait avec beaucoup de ses alter ego. On cherche souvent l’argumentaire à un crime après l’avoir commis. Peu assument la totalité de la démarche en revendiquant l’idéologie guerrière. Il évoluait maintenant dans les hautes sphères de ce monde qu’il trouvait irréel et vain, trouvant d’ailleurs que la paix avait des airs de guerre froide, concurrentielle, égoïste et mercantile, avilissante et lancinante. Plus encore, l’éthique du mal s’arc-boute sur la passion irrépressible et la pulsion identitaire profonde, éthique à côté de laquelle la morale du bien fait figure de simulacre ingrat. Le gouvernement mondial en avait apporté sa dose avec la soumission des récalcitrants, les limites de vie. Le régime intégral avait proposé une recréation ethnique suite aux crises systémiques. Économiquement, la réduction de l’effectif planétaire humain avait permis d’endiguer l’épuisement des ressources, les charges inhérentes à la surcommunauté, et surtout : s’approprier les possessions et le travail de tous. [...] |
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♣♣♣ « — Les êtres humains sont des porcs. Qu’on racle leurs carcasses en boucherie ! C’est leur place. Phil était revenu vers elle. Il posa délicatement la main sur son épaule, la regardant dans les yeux, presque paternel. — Tu es surdouée pour te battre. Mais tu as encore tant de choses à apprendre sur la vie. Quand j’étais enfant, nous allions passer nos vacances à la ferme des mes grands-parents, dans le Minnesota. Les cochons sont des animaux très intelligents, gentils et d’une fidélité à toute épreuve. Je n’en ai jamais vu un abattre ses semblables de sang froid, ni même chercher à posséder plus qu’il n’a besoin pour vivre. Les êtres humains sont bien pires que les porcs, Jill. Mais il peuvent aussi avoir de bons côtés. Si un jour tu as des enfants, auras-tu le cran de leur dire que tu savais, et que tu n’as rien fait, rien essayé de faire ? Elle avait un regard dont elle seule possédait le secret. Même Phil eut peur. Il se surprit à reculer d’un demi-pas. Le poing de la jeune femme broyait la crosse de son Colt Delta. Mais elle le laissa rangé dans son étui. — Qu’ils crèvent tous, dit-elle haineuse. [...] — Il a bon dos l’instinct ! Pour la peine je goûterais bien de la chair humaine un de ces jours. Elle prit son air de chien battu. — Oh allez Phil…! Imagine une merdeuse de début de siècle, le genre niaise qui parle d’âme sœur dès que ses hormones lui disent qu’un spécimen est baisable. Franchement à part finir dans une assiette, je vois aucune utilité à des gens comme ça. |