2010, voilà, ça y est.
Nous y sommes.

Après les sempiternels faux-semblants altruistes et surjoués du 31, après les vœux convenus de la présidence déballant son peloton de pseudo-espoir à toute la tribu des beni-coco devant leur poste, après les feux d’artifices et autres concerts de bons sentiments, sorte de cour des miracles bactérienne pour latrines sociétaire, nos tronches de morve reprennent le cour de la réalité, vous savez, celle où on se dit « quand le monde se portera mieux, ‘y tombera du boudin grillé ». Chemin faisant, l’air de rien et avant d’ouvrir le gaz pour se soigner de sa condition, quelques questions thétiques et immanentes se faufilent entre deux bulles de mousseux bon marché :

Pire que 2009, est-ce envisageable ? Je prends les paris.

Comment ça « c’était une belle année 2009 » ? De deux choses l’une : soit tu n’ouvres jamais les journaux, trop occupé à délayer les miettes d’humanité qu’il te reste, telle une autruche flétrie, dans ton égotiste inutilité sablonneuse ; soit tu as déjà rejoins la nouvelle impasse évolutive que sont les broutards bipèdes, antrustions de supermarché dont l’abnégation se résume à trouver une Audi TT avec ce qu’il reste de l’emprunt pour acquérir un Iphone 3G, babiole indispensable au dégorgement de névroses consommationnistes à n’importe quel endroit et à n’importe quelle heure.

Pendant qu’on digère la grosse dinde baveuse de Noël et qu’on se demande encore, un brin éméché, comment on a pu dire « oui » à celle avec qui on dort chaque soir, des gamins se font péter le carafon un peu partout à la surface de cette nécropole planétoïde que nous hantons. Bien sûr qu’on s’en fout. Surtout que, réponse a – ce sont des intégristes, réponse b – des déséquilibrés, ils n’ont qu’à aller à l’école Jean-Pierre, c’est mon dernier mot, il n’y a pas de Joker et Batman ne viendra pas vous sauver. Alors ils se font sauter la fiole, puisque leur vie ne vaut même pas le coup d’être vécue. Mais c’est vrai, je suis d’accord, plutôt que de jouer avec la dynamite, ils devraient aller à l’école… Si bien sûr l’oncle Sam – et son prix Nobel de la paix – avait daigné en laisser quelques unes sur le chemin de l’axe du mal.

Eh ouais. Pendant qu’on en est à se demander si c’est bien d’être musulman, ou juif, ou encore chrétien ; pendant qu’on en est à se demander si finalement les curés qui bossaient avec Adolf étaient pas des saints quand même (des fois qu’un épisode nous ait échappé), et quelle architecture on préfère en haut des cabanons pour culs-bénits… Y a encore et toujours des gamins qui se font exploser la tirelire.

Mais après tout, c’est leur affaire, hein. Chacun chez soi. Ici c’est mieux. Ici on n’est pas bronzés madame, non non, blancs comme des reposoirs. Bien sûr que vous allez faire la séance d’UVs que Robert vous a offert pour Noël. Vous avez le droit de ressembler à des arabes, l’Empire s’en fout, tant que vous n’en êtes pas des vrais. Ici on est civilisés, que oui, une grande civilisation, qui se demande si finalement être français c’est bien ce qu’on croyait depuis le temps parce que du coup on est plus trop trop sûr, alors des fois qu’on se rende compte que des gens crèvent de faim par milliers dans notre grande civilisation, ben on va poser la question, dans le doute, faire un débat. ‘Faut pas croire madame : savoir ce que c’est que d’être français, c’est ça qui va foutre de la bouffe dans les caddies. Ah je sais pas moi, c’est Éric Besson et Brice Hortefeux qui savent pour nous. Parce que nous, nous ne savons pas. Non non non madame, on ne sait pas. On ne sait pas que la poignée d’Afghans et d’immigrés qui demandent juste un petit coin pour se mettre sont là, en réalité, pour piller tous les Auchan et les Leclerc de France. Je suis surpris qu’Éric Besson n’ait pas encore demandé l’exhumation de Charles Martel. « Ah on ne peut accueillir toute la misère du monde », ben voyons. La France n’est qu’un tentaculaire club échangiste. C’est vrai, après tout : on va faire crever nos soldats chez eux, et en échange leurs civils viennent crever de faim ici. Pas besoin d’aller à Kaboul pour voir la misère, connectez-vous sur Meetic.fr. La gueuserie bourgeoise dans toute sa splendeur. La mélasse à portée de clic, mouscaille affective détestable ou l’introspection improbable de la génération tchat-resto-sodomie-sida : agglomérat faisandé de vingt ans de bienpensance et de néant moral au service de la décomposition générale.

Bref, je disais donc : heureusement que Brice et Éric sont là. On n’aurait rien vu sans eux, ces grands hommes. Et 2012 après tout rien à carrer, tant qu’on a notre Iphone et notre Audi TT, tant qu’à faire on va reprendre un tour de manège.

Et pendant ce temps là, des chiards paumés se font éclater la bobèche, parce qu’ils n’ont plus que ça à faire. Pendant ce temps sur TF1, Nicolat Hulot nous montre comme c’est fun et écolo un avion de chasse (en plus ça consomme rien et ça pollue absolument pas – d’ailleurs on devrait tous se déplacer en Rafale, quand un autre Nicolas aura fini d’en vendre à ses amis despotes). Pendant ce temps sur France 2, Yann Arthus-Bertrand nous montre comment qu’é va trop mal la planète, du haut de son super hélicoptère (qui ne pollue jamais non plus, non non madame : l’hélicoptère de Yann Arthus-Bertrand vole grâce aux analyses d’urines usagées de Johnny Hallyday). Johnny qui émeut la France entière avec ses problèmes de dos. Pourtant, les salariés de Continental ont bien allumé le feu aussi cette année. Mais non, pas de tournée à 20 millions d’euros prévue, pas de disque, pas de Stade de France. Juste un karaoké sur le parking du Pôle Emploi. (Karaoké dans lequel on chantera sur Johnny, lequel touchera des royalties, histoire d’agiter notre affect pour encore 20 berges).

Pendant ce temps là, des mioches se déflagrent le bulbe parce que personne ne veut les écouter. D’ailleurs ne les écoutons pas, l’Empire a décrété qu’ils étaient dangereux. (Si vous doutez de l’œuvre bienfaitrice de l’Empire, allumez la télévision quelques heures, cela devrait passer. Sinon, consultez Barak, Angela, Sylvio, Gordon, Nicolas et leurs confrères spécialistes de cette pathologie). Vous avez raison madame, c’est la faute des parents, l’éducation ça se perd. Les vôtres filment leurs potes en train de violer la minette du HLM d’en face avec leur Ipod Nano vidéo. Les leurs c’est plus le pain de plastique. Bon. Soit. Pas sûr que l’un fasse moins de dégâts que l’autre. Peu importe, vous les enverrez à la Sorbonne dans quelques années, ce qui en plus de contenter votre soif de revanche sociale par procuration, leur permettra de produire pléthore de déjections cérébrales pour vieux snobs aux abois. Et pour les plus doués, d’être persuadés à terme du bien fondé de leur dévotion béotienne et ronflante.

Copenhague à foiré. 143 millions d’euros d’organisation, ça fait cher le fiasco. Enfin, c’est vrai que c’est peu de choses. Quand il s’agit de sauver des banques « on » trouve 500 milliards en 48h. Comment donc ? Vous êtes jaloux ? Allons ! Vous n’aviez qu’à aspirer à un métier qui rapporte gros. (Même si, tout à fait entre nous, nanti ou misérable, il faut bien quelqu’un pour ramasser vos ordures).

Pendant ce temps là, l’Armée du Salut et la Soupe Populaire croulent sous les demandes d’aide, il y aura bientôt plus de chômeurs que d’actifs (z’ont qu’à bosser, hein les gars !). Donc si vous avez la chance d’être encore un vassal, surtout continuez à vous taire et à baisser la tête devant votre suzerain, au besoin faites-lui une pipe, par les temps qui courent, la turlute enchantée pourra peut-être vous éviter la lettre de licenciement. Je sais madame, je sais, vous avez des gosses à nourrir. Mais demain ? Demain. Ça vous fera une belle jambe de l’avoir bouclée quand le frigidaire sera – de toute façon – vide et que vous n’aurez plus que votre vie à perdre. M’enfin, vous penserez à moi, c’est toujours ça.

Le plus cocasse (à défaut d’en chialer – oui, Yann Arthus-Bertrand a dit qu’il fallait économiser l’eau : ne chialez plus, pensez à la planète, merci. Comment ça vous vous êtes fait larguer, votre chat est mort et vous souffrez d’une maladie orpheline qu’ils lui ont même pas encore trouvé de nom ? Que nenni on a dit, ne-chia-lez-plus !), c’est qu’on pourrait continuer comme ça longtemps, très longtemps.

Tout ça vous plait madame ? Pardon ? Vous êtes impuissante et on n’y peut rien ? Ah, voyez-vous ça. En même temps, ça vous arrange bien de vous croire impuissante.

Alors, quoi de plus ? Qu’est-ce qu’il faut de plus énorme que ce marasme, cette pourriture infâme et absolument intolérable qui gave nos esprits de désespoir et de tous contre tous ? Une guerre sûrement (je parle d’une vraie, pas du jeu de shoot « gentil occidental contre méchant sous-développé ; toi donner moi droit de polluer, en échange moi construire Fast-food et fournir toi en kalachnikovs », une vraie guerre civile dans les règles du lard, globale, compacte).

En tout cas, moi je suis là, à écouter les bruits du monde. Solidarité et fraternité appartiendrons bientôt au dictionnaire de vieux français (voire d’argot très grossier), c’est si bon d’être blasé, pas vrai ? Provoquer une once d’indignation chez son voisin semble devenu une entreprise des plus périlleuse, et j’en éprouve un malaise presque physique.

Les capitaines autocrates véreux font couler le bateau chaque jour un peu plus, et les bouées ne sont pas légion. Tu t’en fous, tu préfères la nage à la mutinerie ?

Moi pas.
Z’.!

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